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La Rochelle le 18 décembre 2009

Invitation à la lecture du « diable, l’assaisonnement » de Denis Montebello

La nourriture est pour tout le monde, pas la littérature, prétend Yourcenar

Eh bien, si ! Ce livre réunit avec sobriété l’écriture et le goût.

Au départ, le réel, des mets simples et savoureux, qui engendre une étrange percée dans l’imaginaire, grâce aux nombreuses métaphores et au désir de communiquer son plaisir.

Un repas est un chef-d’œuvre disait Cocteau. Allons à sa rencontre, à la manière des philosophes empiristes du 18e siècle anglais, pas à pas, l’exploration « substantielle » a lieu. Escalade gustative que ce nouvel opus illustré par de douces et superbes photos en noir et blanc d’un compatriote, pour accéder à vos flagrants délices.

La sauce qui laisse des traces délictueuses sur l’assiette est mal venue sur un vêtement. Or elle l’identifie. En guise d’appartenance.

Les passerelles et parentés géographiques ou historiques s’établissent entre l’origine des mots et l’origine des mets. « Que nos routes se croisent afin de faire le plein des sens ». Alexis Gruss

Le titre

Curieux dilemme: choisir entre le diable et la java. Sans perte ni fracas. Exit Nougaro, ecce Montebello.
Passé outre le titre sulfureux, à la manière d’Axel Munthe sur les hauteurs de Capri, le lecteur s’engage dans un jardin non plus peuplé du marbre des statues, comme une grosse meringue, mais vénérant les aliments qui ourlent nos jours et nous rendent plus humains par envie ou par besoin.

Les sujets

L’angélique translucide et mélodieuse en tant qu’épice a rebours refusant d’être associée au chocolat mais réclamant l’eau de vie sous ses ombelles. (page 33).

Les lumas ou cagouilles que l’on sert dans un cornet de papier à l’instar des frites dans le Nord et à Bruxelles. C’est nos caracoles à nous disposées comme autant de ronds-points giratoires, chicanes et créneaux, lorsque l’on circule à la Rochelle ou à Gruissan. Circonvolution en écrin.Caricoler, par monts et par vaux.
Caracoler à la vitesse d’un escargot… l’écriture de notre auteur s’emballe. C’est le galop d’un cheval, imaginez le bruit des sabots écrabouillant la frêle carcasse sous des dizaines de plaisantes allitérations, lui arrachant un cri ancestral presque inaudible et hermafreudien ; c’est peut-être cela avoir un poids sur l’estomac.

Le lumechon en picard c’est aussi le dragon géant qui s’oppose à st Georges lors d’un combat rituel à la trinité.
Voilà le démon de l’analogie qui nous reprend, très giratoire ce gastéropode ! (page 19).

La grimolle n’est-elle pas cousine du crumble et descendante des Grimaldi, pas ceux de Monaco, plutôt ceux du petit village de Grimaud, au cimetière d’exil altier où voulut être enterrée Odette Joyeux (p38).

Si se musser, est retrouver le ventre de la mère, se mucher en wallon et en ch’ti, c’est se cacher sous la table lorsque la nappe longue  pend sur de trop longs repas de fêtes ; dans une yourte imaginaire, les gosses rejoignent le giron (tiens ! la lune est gironde, et elle aussi joue à cache- cache). (page 75).

Les vanets, où sont-ils ? que les pauvres étaient les seuls à garder comme nourriture.

Ensuite, c’est Charles Perrault, Henri Bosco, Cadichon… et voltigent les animaux de coquillages en mosaïques dans l’île Penotte qui n’en fut jamais une aux Sables d’Olonne. (page 62).

Les textes fervents louant les produits locaux, faciles à se mettre sous la dent, vous séduiront. Des macarons à la jonchée, mon préféré, enrobé de joncs que la famille Pommier va couper encore maintenant dans les marais pour notre satisfaction.

La prose poétique est chatoyante. Par ses effets de miroirs constants, elle renvoie à celle de st John Perse. L’auteur se réclame de Dionysos, ce n’est pas peu dire. Et en guise de paradoxe, ascétisme ou bombance, faites votre choix  comme le souhaitait l’empereur Adrien. Retour aux sources ( page 67).

J’aurais tant voulu « tailler une bavette avec lui ». Vous aussi n’est-ce pas !…

Pascaline DHONDT, La Rochelle (17)

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Montedidio – Erri de Luca

Montedidio est de ces livres qui peuvent vous poursuivre longtemps. Le sillon qu’il creuse s’approfondit parfois, parfois dérive vers d’autres sillons… il est inépuisable.

Montedidio est le quartier de Naples où vit l’enfant du roman qu’Erri De Luca a situé dans les années 50. Naples qui est la vie elle-même, qui est le monde : « en dehors de Naples, en Amérique, un jeune homme a été fait Président », nous annonce-t-on. Naples est la patrie où ce jeune garçon va grandir sous notre regard.

C’est un texte initiatique, comment l’enfant se mue en un jeune homme, comment il prend son envol. Il s’éloigne de son univers malade – sa mère va mourir, son ami Rafaniello est bossu, lui-même n’a qu’un œil valide – pour s’en aller vers son âge, ses premières amours. Il est le scrutateur méticuleux – il écrit sur un rouleau de papier les événements de sa jeunesse – de sa condition humaine. Évidemment on s’attache à lui, à ce « je », on est même sous son emprise dont on ne décrochera partiellement que lorsque lui-même coupera les liens qui le relient encore à sa vie d’enfant pauvre, à son quartier, son monde, donc. Erri De Luca nous permet d’accéder à cette maturation, en nous invitant, tantôt à nous approcher de l’âme de ce jeune ouvrier, tantôt à prendre de la distance, en planant au-dessus de Montedidio. Par ce jeu constant d’éloignement-rapprochement, il saisit les moments-clé du quotidien sans jamais être inquisiteur, lui laissant son espace vital.

Texte initiatique certes, mais surtout texte de la délivrance, délivrance d’un état d’enfance qui s’accommode mal des désirs et des rêves. L’enfance du héros de De Luca n’est pas heureuse. Elle est heurtée, se brise sur la dureté du quotidien, les bassesses et la vilénie, elle s’interroge et se rattache désespérément à ce qui peut faire sens et à ce qui peut faire dérivation, encore. Ailleurs, toujours, il faut être ici, on n’a pas le choix, nous y sommes, mais dans le même temps, la nécessité de l’ailleurs est permanente, elle nous accompagne. La grande douceur de ce texte réside finalement dans l’attente de l’inéluctable, dans cette maturation que l’on suit en cheminant dans l’apprentissage amoureux. Ici point de labyrinthe, mais une route presque droite, évidente, sinueuse.

Le romancier maîtrise parfaitement son sujet, ses effets, la construction de son texte. Livre de l’oralité, il la représente. L’effet de style est banni, l’auteur est dans la retenue, comme pour ne froisser personne, il considère ses personnages avec délicatesse, les aime. Personne n’est maltraité. Si dans ce quartier pauvre, l’entraide est la règle, De Luca fait de même, il accompagne ses personnages en les aidant à s’envoler de ce quartier si chéri, si maudit. Ce texte est donc un livre de paix, fait d’empathie, empreint d’une poésie qui s’offre à chaque page. La dureté aurait pu nous être livrée cruelle, remercions De Luca de nous la restituer de sa voix apaisée.

Yves Le Moing, Rochefort, 43 ans

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MontedidioErri De Luca

En commençant ce livre, je ne m’attendais pas à un tel envoûtement ; un vent de fraîcheur a soufflé en moi. J’avais acheté ce livre un peu par hasard ; il prônait sur une pile de livres auquel une pancarte était accolée « sélection du festival Passeurs de monde(s) ». Son titre m’a attiré Montedidio, la montagne de dieu. Les romans italiens sont un peu une terre inconnue pour moi, mes seules références étant le K de Dino Buzzati et Le Baron perché d’Italo Calvino. Un bref coup d’œil au résumé et j’étais tentée. J’ai commencé à lire et je n’en ai pas décroché. Chaque page était une envolée vers Naples, vers Montedidio. Les images se bousculent dans ma tête, des paysages se dessinent devant mes yeux. Montedidio, colline de Naples où se trouve un quartier de boutiques et d’étroites ruelles surpeuplées et où ses habitants se sont farouchement révoltés contre l’occupation allemande tandis que la marine américaine attendait au large l’issue du combat. Au milieu d’eux vivent trois anges, qui hésitent entre le parler napolitain et la belle langue italienne.

Une jeune fille à la recherche de l’ « ammour », un bossu à la recherche de la terre promise et un jeune adolescent candide qui découvre le monde du travail. C’est lui notre narrateur, le héros de l’histoire de ce quartier où chaque existence est sans cesse recommencée. Il consigne ses premiers jours de travail en italien, lui le petit qui parle napolitain, sur des bouts de papier. Peu à peu sa découverte de la vie prend forme sous sa plume.

Ce jeune garçon est retiré de l’école par son père. Il devient apprenti chez un menuisier. Mais cela n’est pas son seul apprentissage, il va également apprendre en plus de l’amour du bois, l’amour de l’humanité, de l’histoire, de la sagesse, de la simplicité, de l’échange, du beau, du vrai, de l’extraordinaire et bien sûr de « l’ammour ». C’est le roman d’une adolescence qui n’a pas le temps de se prolonger car la vie la presse de grandir.

La rencontre avec ce cordonnier charitable, Rafaniello, va être un tournant de sa vie. Il admire cet homme qui ne fait payer personne de ce quartier pauvre où l’on vit l’un sur l’autre. Sa générosité lui fera pousser des ailes qui longtemps étaient restées repliées dans la protubérance de son dos. De plus, on ne peut dissocier le narrateur de ce livre et son objet fétiche, un boomerang offert par son père. Il s’entraîne longtemps, exerçant le mouvement du lancer sans jamais lâcher l’objet. Il veut le geste parfait.

Ce lancer retenu du boomerang est beaucoup plus qu’un jeu, c’est la tension morale vers le haut, l’envie d’apprendre et de grandir, de devenir un homme en se faisant les muscles, en apprenant l’art non facile du lancer. C’est une belle métaphore du désir d’évasion, mais aussi d’élévation vers le divin. Et puis, il y a la rencontre avec Maria, sa petite voisine entreprenante. Une relation qui commence timidement puis s’épanouit et s’élance enfin. L’amour leur donne toute la sensualité, la poésie et la force audacieuse dont on peut rêver pour affronter l’existence.
Du haut du toit de Montedidio, à la fin du roman, à minuit, le soir de la Saint-Sylvestre tout explose, tout vole en éclats dans le vacarme de la nuit des feux d’artifice, comme des feux de salut. Comme un cratère en éruption qui libère et ouvre des précipices. Ce soir-là dans le déchaînement des forces, le boomerang est également lancé, lancement symbolique qui emporte le passé, et il ne reste de Rafaniello que « deux plumes et une paire de chaussure ». Et soudain la voix du protagoniste, une voix qui a changé, qui s’est libérée de l’enrouement propre à l’adolescence, une voix d’homme pour laquelle il n’y a plus de place sur le rouleau de papier qui accueille ses confidences, ni dans Montedidio.

Ce livre parle des découvertes d’un jeune adolescent s’ouvrant à des jours adultes. Baignés dans une lumière ocre et poussiéreuse, les courts chapitres disent l’odeur du bois, le goût de la sueur, le bruissement du silence, les corps usés et les vies fatiguées. On n’y parle pas, ou peu. Seuls les regards sont fiers et l’on peut y lire la guerre, le communisme, les privations, les difficultés de la vie. Cet adolescent insuffle un souffle de vie à tout ce petit monde. Il nous emmène avec lui, poursuivant sans relâche ses rêves de découverte, d’amitié, d’amour. Ainsi tout s’élance dans ce livre : l’amour, l’amitié, le grand saut, « le boomerang », la maturité. Et tout cela dans une langue claire, limpide et poétique. Il émane de ce livre une beauté, à travers le portrait d’une Italie pittoresque. L’auteur nous convie à un voyage littéraire extraordinaire au cœur de ce que l’existence propose de plus profond : l’espoir. Ce livre est une promesse, celle de la vie et du rêve. Des images à profusion, un style serein qui transpire, de la douceur et enfin l’envol.

Virginie Joubert, Poitiers, 20 ans,

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Trois Chats Anne Brouillard

J’adore les livres comme ça, où l’on invente sa propre histoire. Je recommande ce livre car il agrandit l’imagination des personnes qui le lisent.
Ce livre est aussi très bien pour les plus petits, qui ne savent pas lire. Car ils peuvent soit  se contenter de regarder les images, ou alors inventer leurs propres histoires. Même mon petit frère a inventé un tas d’histoires !
J’ai vraiment aimé ce livre !

Et j’aimerais dire à l’auteur que ce qu’elle a eu comme idée est géniale !

Sarah Bozzo, Saint-Martin de-Bernegoue (79), 11 ans

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Manuel Rivas
La langue des papillons
et autres nouvelles

Que ne connaissez-vous la Galice et les galiciens ? L’âpreté de ses paysages de mer et de montagne, la rigueur de son climat?
Qui mieux que Manuel Rivas pouvait nous faire découvrir ce peuple, lui enfant de ce pays, né en 1957 à La Corogne. Pays avec lequel il fait corps…et âmes !!! Âmes que l’on découvre dans une suite de nouvelles dont l’écriture nous enchante par la force des mots et la poésie qui s’en dégage.
Pour preuve, cette phrase :
« On aurait dit qu’elle cousait avec le fil de ses cils »
Puis cette autre :
« Le vent répandait, comme poussière de lune, un parfum de feu apaisé .»
Paysans et marins sont les acteurs d’une série d’aventures où se mêlent réel et fantastique… Où la mort n’hésite pas à pénétrer!
Comme cette femme enfant attaquée autrefois par des loups.
Cet instituteur républicain au grand cœur ? aussi laid qu’une bestiole ? Arrêté par les franquistes, conspué par les villageois apeurés, qui suscite la révolte d’un enfant !
Ce mort, qui de son cercueil, passe en revue les personnes qui sont présentes à sa veillée funèbre!
L’accablement de ce garçon qui part, la faim au ventre, avec son ticket de rationnement, dans des ténèbres où terre et ciel se rejoignent pour l’engloutir, le broyer. Puis son retour triomphant, baguette sous le bras, avec « ce pain qui avait la couleur de l’or » … dans un paysage merveilleux, enchanteur … Par petites bouchées, le pain glisse entre ses lèvres jusqu’à la dernière miette !.. Mais que va dire sa mère à son retour?…
Et puis cette mer glacée, impitoyable, qui soumet les plus durs!
La fascination, la peur, la lâcheté mais aussi l’amour, le respect et la pudeur qui émanent de ces nouvelles nous les rendent profondément universelles.
Ce monde authentique, dont nous avons trop tendance à nous éloigner, nous attire et nous envoûte à chacune de ses pages !

Marie-Luce Joubert,  Saint-Georges-des-Coteaux (17), 60 ans