Lettre à Alberto MANGUEL pour La fiancée de Frankenstein
Cher Monsieur Manguel
Je referme à l’instant votre essai sur le film de James Whale d’après le roman de Mary Shelley : La fiancée de Frankenstein. J’ai commencé cette lecture, plus pour l’intérêt que je vous porte, que pour celui que j’ai pour le cinéma fantastique, que je ne connais pas.
Au fur et à mesure de ma progression dans votre écrit, j’ai fait une découverte, et j’ai eu une confirmation. Je commence par la découverte : je suis complètement passé à côté de ce cinéma, lorsqu’il atteint le niveau de celui que vous décrivez, c’est bien autre chose qu’un spectacle destiné à provoquer la peur, ce que je croyais avant de vous avoir lu. Je ne me souviens pas si j’ai vu ce film, mais je suis certain que je n’y aurais pas trouvé la profondeur philosophique que vous mettez en évidence sur les rapports entre le créateur et la création.
J’en viens maintenant à la confirmation, celle de votre immense culture, que j’avais découverte dans votre Une histoire de la lecture . Les soixante dix sept pages de votre » fiancée de Frankenstein » sont un foisonnement d’informations sur le cinéma américain des années trente, les acteurs, les studios, les metteurs en scène, les scénaristes, sur la littérature fantastique du XIX ème, mais également un bouillonnement de réflexions sur le mal, les interdits, toutes les formes de Création, (avec un grand C) la divine, l’humaine, la scientifique, l’artistique.
Votre texte, en plus de l’érudition dont il fait preuve est émaillé de vrais moments de bonheur de lecture. Le premier chapitre » première rencontre » en vous mettant en scène enfant, vous, que nous connaissons respectable barbu, nous fait entrer dans votre essai par la petite porte, celle du curieux, qui va découvrir un monde qu’il ignore. L’analyse du moment où le monstre découvre son image dans l’étang idyllique et la relation avec le sort de l’étranger qui se voit dans les yeux de celui qui le hait est sublime. La description que vous faites de la rencontre entre le monstre et l’ermite aveugle est magnifique, riche d’interprétations philosophiques, mais également d’anecdotes comme celle qui concerne les affiches, » Garbo parle ! » et » le monstre parle ! »
Monsieur, non seulement, j’ai envie de voir ce chef-d’œuvre, mais au delà de moi, je suis convaincu, que votre essai transforme la vision des cinéphiles les plus avertis, et devient une référence dans l’analyse cinématographique. Vous m’avez enrichi, je vous en remercie et vous adresse mes salutations respectueuses.
Joël Coynault, Lagord (17), 62 ans







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