La vie de Marie-Thérèse, qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive – Michel Boujut
Amateur de photographies et photographe amateur, j’ai acheté un jour de 1998, happé par l’intense regard noir de la couverture, Le jeune homme en colère de Michel Boujut, et me suis régalé de ce joli récit dans lequel, sous le prétexte d’une enquête pour retrouver un jeune homme photographié par Paul Strand (ah, le noir et blanc de Strand !) Michel Boujut nous emmène en 1951, à la rencontre de son père, de Claude Roy, de Roger Vailland et de …Michel Boujut enfant. Dix ans plus tard je tombe sur une autre enquête de Michel Boujut, avec un titre sur lequel plane l’ombre de Michel Audiard, La vie de Marie-Thérèse, qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive.
Tandis que le jeune paysan de Paul Strand nous faisait revisiter la Charente du début des années 50, Marie-Thérèse, fille de gendarme, complice d’un meurtre, nous entraîne dans les boîtes de jazz de Toulouse à la fin de cette même décennie.
Le livre se lit comme un polar : pourquoi et comment Marie-Thérèse a-t-elle été mêlée à un meurtre ? Est-elle coupable ou non ? Est-elle encore vivante ? Michel Boujut parviendra-t-il à la retrouver ?
Cela suffirait à faire de ce livre, ah aidez-moi je cherche l’expression, voilà merci, un page-turner , quoi, de l’anglais ! oui c’est de l’anglais mais comment traduire ça, ah un tourne page, bon d’accord allons-y pour un tourne page, pourquoi pas, ou alors un livre qu’on lit d’une traite, mais c’est plus que cela : le charme du bouquin, c’est le contexte de l’époque, les nombreux personnages qu’on y rencontre, connus ou inconnus, musiciens ou gangsters, l’atmosphère provinciale – on n’est pas loin de Chabrol – , les digressions sur la politique de l’époque ou la guerre d’Algérie.
On est entraîné dans un tourbillon nostalgique, sans mièvrerie, où l’on croise Billie Holiday, parmi quelques grandes figures du jazz et du blues, mais aussi, entre autres, Lino Ventura, Jean-Pierre Melville, Gérard Barray, le fringant acteur de séries B de cape et d’épée qui était aussi pianiste de jazz et dont la relation avec Marie-Thérèse… mais je ne voudrais pas dévoiler l’intrigue.
Des esprits curieux se poseront la question de savoir ce qui est vrai et ce qui est inventé, des esprits chagrins reprocheront à Boujut d’avoir rempli les blancs de son enquête avec son imagination et ses fantasmes, mais c’est justement ce qui fait l’originalité du livre, ce mélange enquête-roman, saupoudré d’une pointe de souvenirs personnels et d’anecdotes de l’époque. En menant cette enquête Michel Boujut part en quête de son passé, qui est aussi le nôtre.
Alors, installez-vous confortablement, mettez un 33 tours de Billie Holiday ou de Big Bill Broonzy ou de Guy Laffite, selon vos goûts jazzistiques, sur votre Teppaz, servez vous un verre de rye ou de bourbon, allumez une Craven A, vous vous rappelez, le paquet rouge et blanc, ces cigarettes sans filtre, kof, kof, mais avec un bout liège pour que le papier ne colle pas aux lèvres, et… bon voyage !
Jean-Paul WAUTIER, Saujon(17), 62 ans






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