Virginie Joubert
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MontedidioErri De Luca

En commençant ce livre, je ne m’attendais pas à un tel envoûtement ; un vent de fraîcheur a soufflé en moi. J’avais acheté ce livre un peu par hasard ; il prônait sur une pile de livres auquel une pancarte était accolée « sélection du festival Passeurs de monde(s) ». Son titre m’a attiré Montedidio, la montagne de dieu. Les romans italiens sont un peu une terre inconnue pour moi, mes seules références étant le K de Dino Buzzati et Le Baron perché d’Italo Calvino. Un bref coup d’œil au résumé et j’étais tentée. J’ai commencé à lire et je n’en ai pas décroché. Chaque page était une envolée vers Naples, vers Montedidio. Les images se bousculent dans ma tête, des paysages se dessinent devant mes yeux. Montedidio, colline de Naples où se trouve un quartier de boutiques et d’étroites ruelles surpeuplées et où ses habitants se sont farouchement révoltés contre l’occupation allemande tandis que la marine américaine attendait au large l’issue du combat. Au milieu d’eux vivent trois anges, qui hésitent entre le parler napolitain et la belle langue italienne.

Une jeune fille à la recherche de l’ « ammour », un bossu à la recherche de la terre promise et un jeune adolescent candide qui découvre le monde du travail. C’est lui notre narrateur, le héros de l’histoire de ce quartier où chaque existence est sans cesse recommencée. Il consigne ses premiers jours de travail en italien, lui le petit qui parle napolitain, sur des bouts de papier. Peu à peu sa découverte de la vie prend forme sous sa plume.

Ce jeune garçon est retiré de l’école par son père. Il devient apprenti chez un menuisier. Mais cela n’est pas son seul apprentissage, il va également apprendre en plus de l’amour du bois, l’amour de l’humanité, de l’histoire, de la sagesse, de la simplicité, de l’échange, du beau, du vrai, de l’extraordinaire et bien sûr de « l’ammour ». C’est le roman d’une adolescence qui n’a pas le temps de se prolonger car la vie la presse de grandir.

La rencontre avec ce cordonnier charitable, Rafaniello, va être un tournant de sa vie. Il admire cet homme qui ne fait payer personne de ce quartier pauvre où l’on vit l’un sur l’autre. Sa générosité lui fera pousser des ailes qui longtemps étaient restées repliées dans la protubérance de son dos. De plus, on ne peut dissocier le narrateur de ce livre et son objet fétiche, un boomerang offert par son père. Il s’entraîne longtemps, exerçant le mouvement du lancer sans jamais lâcher l’objet. Il veut le geste parfait.

Ce lancer retenu du boomerang est beaucoup plus qu’un jeu, c’est la tension morale vers le haut, l’envie d’apprendre et de grandir, de devenir un homme en se faisant les muscles, en apprenant l’art non facile du lancer. C’est une belle métaphore du désir d’évasion, mais aussi d’élévation vers le divin. Et puis, il y a la rencontre avec Maria, sa petite voisine entreprenante. Une relation qui commence timidement puis s’épanouit et s’élance enfin. L’amour leur donne toute la sensualité, la poésie et la force audacieuse dont on peut rêver pour affronter l’existence.
Du haut du toit de Montedidio, à la fin du roman, à minuit, le soir de la Saint-Sylvestre tout explose, tout vole en éclats dans le vacarme de la nuit des feux d’artifice, comme des feux de salut. Comme un cratère en éruption qui libère et ouvre des précipices. Ce soir-là dans le déchaînement des forces, le boomerang est également lancé, lancement symbolique qui emporte le passé, et il ne reste de Rafaniello que « deux plumes et une paire de chaussure ». Et soudain la voix du protagoniste, une voix qui a changé, qui s’est libérée de l’enrouement propre à l’adolescence, une voix d’homme pour laquelle il n’y a plus de place sur le rouleau de papier qui accueille ses confidences, ni dans Montedidio.

Ce livre parle des découvertes d’un jeune adolescent s’ouvrant à des jours adultes. Baignés dans une lumière ocre et poussiéreuse, les courts chapitres disent l’odeur du bois, le goût de la sueur, le bruissement du silence, les corps usés et les vies fatiguées. On n’y parle pas, ou peu. Seuls les regards sont fiers et l’on peut y lire la guerre, le communisme, les privations, les difficultés de la vie. Cet adolescent insuffle un souffle de vie à tout ce petit monde. Il nous emmène avec lui, poursuivant sans relâche ses rêves de découverte, d’amitié, d’amour. Ainsi tout s’élance dans ce livre : l’amour, l’amitié, le grand saut, « le boomerang », la maturité. Et tout cela dans une langue claire, limpide et poétique. Il émane de ce livre une beauté, à travers le portrait d’une Italie pittoresque. L’auteur nous convie à un voyage littéraire extraordinaire au cœur de ce que l’existence propose de plus profond : l’espoir. Ce livre est une promesse, celle de la vie et du rêve. Des images à profusion, un style serein qui transpire, de la douceur et enfin l’envol.

Virginie Joubert, Poitiers, 20 ans,

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